« Le 92 est parfois stigmatisé… mais il fonctionne », Le Parisien – Hauts-de-Seine, 4 juillet 2014

 

Comment expliquez-vous l’évolution du département ces 50 dernières années ?

Patrick Devedjian – Son évolution est liée à un fait politique historique. Le premier président du conseil général a été élu au bénéfice de l’âge, puisque les candidats gaullistes et communistes étaient à égalité de voix. Si le PC avait été élu, la majorité aurait mené une autre politique dans le département et les Hauts-de-Seine auraient peut-être eu un destin différent, similaire à celui de la Seine-Saint-Denis. Ici, nous avons privilégié les dépenses d’investissement afin de développer les infrastructures et renforcer ainsi l’attractivité du territoire, alors que la Seine-Saint-Denis a toujours privilégié massivement les dépenses liées au fonctionnement.

Politiquement, le département a également un poids important avec des personnalités au destin national…

Le département a la particularité d’avoir seulement 36 communes. Mais avec un poids politique important. Et il est vrai que dans les Hauts-de-Seine, le combat politique est difficile et ardent. Celui qui en a émerge a souvent du caractère !

Vous êtes président du conseil général depuis 2007. Qu’est-ce- qui vous a le plus marqué ?

J’ai été élu juste avant la crise de 2008, à un moment où la politique menée par mes prédécesseurs avait globalement réussi, mais où les facilités pouvaient conduire au déclin. Les ressources se réduisaient, il a fallu faire mieux avec moins ! Plus personnellement, j’ai souffert d’une certaine hostilité hors du département. Le 92 est parfois stigmatisé comme peuvent l’être les films commerciaux par les intellectuels. Mais l’important, c’est que cela fonctionne.

Justement, qu’est-ce- qui fonctionne ?

La mixité sociale tout d’abord, avec des élus qui se sont battus pour casser les quartiers d’exclusion. Le développement des infrastructures ensuite, avec une offre de transports alternative comme le tramway. Le conseil général est également celui qui a le plus investi pour la rénovation des collèges. Sans oublier le développement de la culture avec, par exemple, 55 théâtres pour 36 villes.

Quels sont les grands projets pour les années à venir ?

Samedi aura lieu la pose de la première pierre de la Cité musicale sur l’île Seguin à Boulogne. Cet équipement va donner au département un rayonnement culturel important, et rivaliser ainsi avec Paris. Pour moi, la banlieue, ce n’est pas des villes au rabais avec des prestations inférieures destinées à ceux qui ne peuvent pas s’offrir la capitale.

On parle beaucoup aujourd’hui de la disparition des départements…

Le département, c’est à la fois la puissance d’intervention et la proximité. Selon moi, la première qualité d’un homme politique est de comprendre et d’orienter l’avenir de son territoire ! on ne peut pas administrer sans être au contact de la population. La disparition des départements, c’est à la fois une perte identitaire et un recul démocratique.

(Propos recueillis par Anne-Sophie Damecour)

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