Bloc-notes de L’Opinion, "Indispensable pluralisme démocratique", 18 mai 2017

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Le président de la République a voulu que son gouvernement et son parti La République en marche réunissent la gauche et la droite. Il veut même aller plus loin en affirmant vouloir faire disparaître la gauche et la droite afin de construire un grand parti unique qui rejetterait les extrêmes, de gauche et de droite, et absorberait tout le reste. J’ai déjà dit quelles inquiétudes provoque la notion de parti unique de fait, même si d’autres partis sont autorisés, mais en réalité privés de tout espace politique. Le risque le plus grave est que la seule alternance possible soit alors celle des extrémistes. La pluralité des formations démocratiques et républicaines est indispensable à la garantie d’une pérennité démocratique et il est périlleux de dénigrer systématiquement les partis traditionnels, quels que soient leurs défauts. L’histoire des années 1930 est là pour nous le rappeler.

On peut, après les élections législatives, s’accorder sur des majorités constituées de partis différents, comme de nombreux pays européens l’ont fait récemment, par exemple l’Allemagne et l’Italie. Evidemment cela suppose de négocier et d’établir des compromis pour gouverner ensemble, alors qu’un parti unique au pouvoir, c’est très rapidement une simple chambre d’enregistrement des décisions prises par le seul pouvoir exécutif, appuyé sur sa haute administration. La pratique des ordonnances qui se développe malheureusement de plus en plus, a, sous un prétexte douteux d’efficacité, le grand inconvénient d’éviter tout débat. On ne compte plus les ordonnances bâclées et inopérantes parce qu’on n’avait pas eu le temps de penser à tout dans un monde de plus en plus complexe.

La pluralité des partis ne permet pas seulement la richesse du débat politique mais aussi la compétition des offres. Le nouveau Premier ministre a affirmé qu’il était « de droite » et je le crois bien volontiers, mais le projet qu’il défend est-il le même que celui du président de la République ou le même que celui qu’il défendait auparavant ? Ainsi, sur la question essentielle de la réduction des déficits publics, il n’est pas inutile de comparer le projet d’En Marche ! et celui des LR-UDI.

Différences significatives. La priorité des priorités est de réduire la dépense publique de l’Etat central, responsable à lui seul de 80 % de notre dette publique (11 % pour la Sécurité sociale et 9 % pour les collectivités territoriales). C’est indispensable parce que l’endettement a atteint des records absolus et qu’une augmentation probable des taux d’intérêt mettrait la France en grave danger. C’est indispensable parce c’est la condition des baisses d’impôts que la compétitivité internationale exige. C’est indispensable parce que l’Etat impécunieux n’entretient même plus son patrimoine et investit très peu, ce qui le prive de tout moyen d’action solide. Or la différence des deux projets est significative, 100 milliards de réduction de la dépense publique sur cinq ans pour LR-UDI, et 60 pour En Marche !, alors que la dette est de 2 200 milliards d’euros et que le déficit budgétaire annuel de l’Etat central est de 75 milliards.

En 1981, l’âge de la retraite était à 65 ans ; la gauche l’a abaissé à 60 ans, créant ainsi une des causes principales de notre endettement public considérable. Mais trente-six ans après, le rattrapage n’a toujours pas eu lieu, puisque l’âge minimum de départ à la retraite n’est revenu qu’à 62 ans, tandis que l’espérance de vie a fortement augmenté. Le président de la République promet de ne toucher ni à l’âge de la retraite ni au niveau des pensions, ce qui est intenable, sauf à augmenter les cotisations des salariés et des entreprises. Au contraire, LR et l’UDI veulent arriver progressivement à 65 ans et revaloriser les petites retraites de 300 euros par an et les modestes pensions de réversion de 10 %. En outre, le programme d’Emmanuel Macron prévoit lui, que 60 % des retraités subiront une augmentation sensible de la CSG devant rapporter 17 milliards euros.

Il est important de ne pas se décider sur les images, les faits divers, le tumulte médiatique. Le citoyen doit pouvoir faire la différence avec les mesures qui ne sont que de la poudre aux yeux ou de pures affirmations de principe, et celles qui tentent d’apporter des solutions à des situations graves.

La comparaison des programmes des élections législatives montre également des différences sensibles au regard des problèmes lancinants de notre pays que sont le chômage, le Code du travail, la croissance et la sécurité. Il est indispensable dans une démocratie que le citoyen bénéficie du pluralisme de l’offre politique et programmatique. Il est important de ne pas se décider sur les images, les faits divers, le tumulte médiatique. Le citoyen doit pouvoir faire la différence avec les mesures qui ne sont que de la poudre aux yeux ou de pures affirmations de principe, et celles qui tentent d’apporter des solutions à des situations graves.

On s’amuse de voir proposer le rétablissement d’un service national d’un mois, qui coûterait très cher à organiser, ne permettrait aucune formation réelle et ne rendrait aucun service à personne. Il n’est pas sérieux, non plus, de vouloir interdire les téléphones portables dans les écoles et les collèges, alors que c’est déjà le cas.

Recentralisation. On s’inquiète de la volonté d’une nouvelle recentralisation qui éloigne du terrain les décisions qui concernent la vie quotidienne. La proximité entre le citoyen et l’élu responsable est le vrai rempart contre le populisme : les maires demeurent les élus les plus populaires bien loin devant tous les autres. Il est dangereux de vouloir une fois encore s’attaquer à l’autonomie constitutionnelle des collectivités territoriales en remplaçant la taxe d’habitation par une dotation de l’Etat, dont chacun sait qu’il ne tient jamais ses engagements. Il est contraire au bien vivre ensemble de leur retirer leurs responsabilités en termes de logements, d’urbanisme et de cadre de vie. La politique autoritaire de densification prévue dans le programme d’En Marche ! est contraire à tout ce que souhaite nos concitoyens, en particulier en région parisienne où la pollution et les difficultés de déplacement ont atteint des sommets.

Sur tous ces sujets, comment croire que l’unanimité puisse se faire ou même qu’elle soit souhaitable ? Comment croire que cela puisse se faire à l’intérieur d’un seul et même parti ? La démocratie exige la confrontation et les lieux de débats, notamment ceux des partis politiques dont la pluralité et le rôle sont reconnus par la Constitution.

http://www.lopinion.fr/edition/politique/patrick-devedjian-indispensable-pluralismedemocratique-126969   

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