Bloc-notes de L’Opinion, Pas de démocratie sans alternance crédible, 7 décembre 2017

 

Un parti politique de droite ne peut que se vouloir ouvert : convaincre et rassembler pour avoir la majorité nécessaire afin de mettre en œuvre ses idées, c’est l’ADN du parti politique

Dimanche 10 décembre, c’est l’élection du président des Républicains. Le parti s’est rétréci, à quelque 230 000 adhérents qui ne semblent guère mobilisés, tant le désastre de la dernière campagne présidentielle les a meurtris. Moins de la moitié d’entre eux a renouvelé son adhésion entre le 1er janvier et le 30 juin 2017. Malgré la présence active et courageuse de deux autres candidats, dont Maël de Calan que je soutiens pour ses idées libérales et européennes, Laurent Wauquiez a toutes les chances d’être élu.

Ce favori veut « une droite vraiment de droite ». C’est oublier un peu vite que la droite n’a jamais gagné sans le centre. Même le général de Gaulle s’est toujours allié au MRP, Georges Pompidou a très vite ouvert les portes au CDP de Jacques Duhamel, et Giscard d’Estaing a achevé l’union électorale de la droite et du centre en intégrant le CDS de Jean Lecanuet. La création de l’UMP n’a été que la conclusion logique de cette alliance électorale rendue d’autant plus indispensable par l’arrivée du Front national.

Bien sûr, il y a des sensibilités différentes, sur l’Europe, sur l’autorité, sur le libéralisme. René Rémond a tout dit là-dessus. Bien sûr, il y a des tempéraments différents : plus de rondeur chez les uns, plus d’énergie chez les autres. Mais dans l’ensemble, les électeurs ne s’y sont jamais trompés et ils ont toujours accepté ce socle commun de liberté et de responsabilité qui tranche sur celui de la gauche, tout aussi diverse, qui est fait de justice et d’égalité.

Notre société, plus confortable et plus sceptique, n’encourage pas ces engagements politiques, qui ont montré leurs revers parfois dramatiques

Engagement politique. Nos partis politiques, tous les partis politiques ont vieilli. En dehors de campagnes électorales rapides, ils n’attirent plus ni les jeunes, ni les actifs. L’enjeu politique n’est pas assez fort pour mobiliser tant de temps pris sur la vie personnelle, tant d’intelligence pour des manœuvres subalternes indispensables pour progresser, tant d’écoute pour se faire mépriser, voire injurié. Cela avait un sens de se battre contre le totalitarisme, pour la liberté ou contre l’exploitation de l’homme et l’injustice sociale. Notre société, plus confortable et plus sceptique, n’encourage pas ces engagements politiques, qui ont montré leurs revers parfois dramatiques.

Les institutions ne permettent guère non plus à l’initiative et au travail des parlementaires de faire autre chose que des rapports, et aux ministres d’appliquer consciencieusement le programme du Président. On comprend que cela n’attire pas nos meilleurs talents.

Notre ADN, à droite aujourd’hui, c’est la liberté et la responsabilité : si la droite ne défend pas ces valeurs dans un monde de plus en plus contrôlé par la technologie numérique, personne ne le fera à sa place

Pourtant les partis politiques doivent être le lieu du débat et des débats il y en a ! Est-ce que l’Europe peut nous aider à exister demain dans la globalisation ? Est-il possible de l’améliorer ? La décision venue d’en haut, si générale en France, correspond-elle à ce qu’attendent nos contemporains ? La transition écologique est-elle possible ? Et comment se passer en même temps d’énergies fossile et nucléaire ? Ou, plus prosaïquement, comment remplacer la taxe d’habitation ou contrôler les travailleurs détachés…

Un parti politique de droite ne peut que se vouloir ouvert : convaincre et rassembler pour avoir la majorité nécessaire afin de mettre en œuvre ses idées, c’est l’ADN du parti politique. Vouloir rester entre soi, entre gens qui pensent fortement la même chose, et ne veulent pas accueillir l’idée des autres, nous condamnerait à la minorité. C’est intéressant de discuter entre ceux qui défendent la tradition et ceux qui sont séduits par la nouveauté : cette dialectique a toujours été profitable. C’est l’exclusion qui est mortifère.

Raison d’être. Notre ADN, notre identité, à droite aujourd’hui, c’est la liberté et la responsabilité : si la droite ne défend pas ces valeurs dans un monde de plus en plus contrôlé par la technologie numérique, et dans une société qui a trop tendance à se reposer sur les autres et sur l’Etat pour résoudre les problèmes, personne ne le fera à sa place

Notre raison d’être, ce n’est pas le refus de l’autre, le refus du monde d’aujourd’hui, même si les changements sont rapides et souvent douloureux. Ce n’est pas de brandir en permanence le spectre de l’immigration dans un pays où un Français sur quatre a un grand-parent étranger. Et dans lequel, il faut plutôt tout faire pour partager notre langue et notre culture pour y intégrer des immigrés qui nous apportent souvent courage et dynamisme.

Pour en débattre ensemble, il faut se former, discuter, pas seulement sur les réseaux sociaux. Les partis politiques doivent redevenir l’école de la démocratie, un lieu ouvert où l’on apprend la politique, le fonctionnement des institutions, les possibles réponses aux dysfonctionnements de la société, pour ne pas se laisser prendre aux attrape-nigauds des démagogues.

Si la droite se réfugie dans le conservatisme et dans le mythe d’une identité perdue, si la gauche refuse les lois de l’économie de marché et du progrès, il ne reste plus que cette « omelette » centrale que promeut le président Macron.

A LR, il y a des eurosceptiques comme des personnes qui ont peur de voir leur vie bouleversée par l’immigration et par la mondialisation. Ces sentiments sont compréhensibles et justifiés. Ils sont aussi souvent des réponses immédiates devant l’angoisse : l’accueil des étrangers est totalement différent quand il s’agit de ceux que l’on connaît à côté de chez soi et des étrangers « en général ».

Le parti Les Républicains peut et doit écouter et accueillir ces craintes, mais il doit aussi exposer la réalité d’aujourd’hui qui n’est pas celle d’hier, et celle d’hier était loin d’être un âge d’or quand on pense aux guerres, aux maladies, à l’enfermement de tant de gens dans leur état. Autour de convictions profondes et communes, la liberté et la responsabilité, LR devrait leur proposer un avenir qui peut, avec leur aide, leur donner des raisons de croire et d’espérer dans l’action collective.

Si la droite se réfugie dans le conservatisme et dans le mythe d’une identité perdue, si la gauche refuse les lois de l’économie de marché et du progrès, il ne reste plus que cette « omelette » centrale que promeut le président Macron. Et si ce dernier ne réussit pas, ce qui est possible en démocratie, les seules alternances possibles sont les populismes des extrêmes, qui ne mènent à rien d’autre qu’à la régression et à la violence. Notre responsabilité, à droite comme à gauche, est immédiate.

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