Des ISF aux SDF, Paris devient la capitale des extrêmes, LeMonde.fr, 14 mars 2010

François Hollande a annoncé que s'il était élu, il engagerait un troisième acte de la décentralisation. Bertrand Delanoë et Jean-paul Huchon viennent de faire connaître comment ils le concevaient : par la suppression de l'autonomie urbanistique des communes !

La décentralisation annoncée n'est guère qu'un jacobinisme régional. Non content de contrôler presque toutes les régions, le Parti socialiste veut étendre sa mainmise sur tous les territoires et à tous les échelons. Le but est d'imposer aux communes d'Ile de France une densification supplémentaire, de réduire les zones pavillonnaires et d'augmenter le nombre de logements sociaux.

Bertrand Delanoë et Jean-Paul Huchon proposent d'absorber la plupart des compétences des communes en matière de construction de logements au sein d'une administration nouvelle, un syndicat qui concentrerait tous les pouvoirs et que naturellement ils domineraient tous les deux. Un STIF du logement comme il y a un STIF des transports. Vu le bilan du STIF des transports, je ne suis pas sûr qu'il soit judicieux de reproduire le modèle !{jcomments on}

Il est bien vrai que la région Ile-de-France connaît une sévère crise du logement. Celle-ci fait contraste avec la plupart des villes de province qui pour certaines n'arrivent même pas à remplir les logements sociaux récemment construits. La cause principale de cette crise est la centralisation de plus en plus absolue que connaît notre pays. En province, il y a des logements mais peu d'emplois, en région parisienne il y a des emplois mais peu de logements. L'Etat est le premier responsable de cette situation, lui qui concentre l'essentiel de son administration à Paris et dans sa banlieue proche et qui y investit massivement.

Les durées de trajet des Franciliens, que ce soit en voiture individuelle ou en transports en commun, sont chaque année un peu plus longues et un peu plus aléatoires. Le STIF a montré son incapacité à apporter des solutions, au point que le Président de la République a dû reprendre la main avec le projet du Grand Paris. Paris ajoute à ces difficultés en organisant de plus en plus d'obstacles à la circulation des voitures, tandis que les transports en commun sont dégradés et saturés en raison d'investissements qui ont longtemps été captés par la capitale au détriment de la banlieue. La région parisienne explose et on veut encore la densifier !

Les personnes qui n'ont pas les moyens de vivre à Paris trouvent en banlieue la consolation d'espaces verts plus nombreux et d'une densité plus faible qui leur permet de respirer un peu mieux. Malgré les heures perdues en transports, la qualité de vie est tout ce qui leur reste, et c'est de cela dont on veut désormais les priver ! La Constitution prévoit la libre administration des communes. Malgré l'interprétation de plus en plus restrictive qu'en fait le Conseil constitutionnel, l'urbanisme sous administration municipale est une politique de proximité à laquelle les habitants sont viscéralement attachés et que François Mitterrand a permis en 1982. Le bilan extrêmement positif montre que des villes en ont été transformées alors qu'elles avaient été saccagées par un urbanisme étatique et centralisé qui a obligé à de très longues et très coûteuses politiques de réparations, que l'ANRU a facilitées.

Le discours de la gauche parisienne a donc lieu dans la plus complète hypocrisie. Paris n'a que 16% de logements sociaux mais fait la leçon à tout le monde. Les nouveaux logements sociaux de Paris sont le plus souvent d'anciens logements du parc privé de la Ville de Paris qui ont simplement changé de statut en étant vendus par Paris à son Office d'HLM, en se faisant subventionner au passage par l'Etat. Cela fait un peu plus dans le décompte de la loi SRU mais rien de plus pour les demandeurs de logements qui n'ont d'autre choix que d'affluer vers la banlieue. Dans le même temps, Paris est la seule ville qui accueille tant de bureaux dans d'anciens logements plus ou moins bien transformés. C'est un non sens économique mais c'est rentable fiscalement pour la capitale, qui a conservé les bases cadastrales les plus faibles de France alors que l'immobilier y est le plus cher. Résultat : les classes moyennes désertent Paris. Bientôt, seuls les très riches ou les très pauvres y vivront. Des ISF aux SDF, Paris capitale des extrêmes.

Patrick Devedjian, député UMP et président du conseil général des Hauts de Seine

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