"François Hollande : un échec politique, idéologique, économique et social", Bloc-notes de L’Opinion, 7 décembre 2016

En annonçant qu’il renonçait à demander la reconduction de son mandat de président de la République, François Hollande a perdu son autorité et reconnu implicitement qu’il avait échoué à réaliser les engagements qu’il avait pris en début et au cours de son mandat. Echec politique, échec idéologique, échec économique, échec social : un bilan désastreux qu’il abandonne au pied du corps électoral.

Echec politique parce qu’élu contre Nicolas Sarkozy en s’annonçant comme « un Président normal », sa majorité a éclaté, il se retrouve isolé de la plupart de ses amis politiques et coupé de l’opinion publique en général. Les transformations de la société française qu’il a voulues, il a été incapable de les faire comprendre aux Français.

La plupart du temps, il a semblé suivre une majorité parlementaire qu’il n’arrivait pas à conduire et qui l’entraînait vers des fractures de la société française en une sorte de retour archaïque à l’idéologie de la lutte des classes. Le sommet est atteint lorsqu’une de ses ministres, et non des moindres, fait l’éloge de Fidel Castro et de son modèle politique !

En Europe, il a perdu beaucoup de temps à tenter d’isoler Angela Merkel, faisant naître une méfiance persistante au sein du duo franco-allemand pourtant indispensable à la conduite de l’Europe. Et si les affaires européennes semblent piétiner, la France en demeure la première responsable.

Au Proche-Orient, la France se trouve marginalisée parmi les forces alliées contre Daech. Le comble étant de refuser de vendre les Mistral à la Russie tandis que la flotte russe se trouve devoir effectuer la défense rapprochée de notre porte-avions. Alliés militaires de la Russie sur le terrain du conflit, nous la soumettons en même temps à un embargo commercial !

La France est désormais en état d’urgence permanent, ce qui donne à l’Etat des droits exceptionnels sur les libertés individuelles, ces droits ne trouvant leurs limites que dans les dysfonctionnements de ce même Etat et dans la culture humaniste de nos fonctionnaires, lesquels ressentent bien que « trop c’est trop »

Echec sociétal avec la désastreuse gesticulation sur la déchéance de nationalité, qui s’est terminée par une reculade magistrale après un déluge de propagande qui voulait faire croire que là était la question du terrorisme islamique. Cette politique cynique a non seulement choqué les nombreux Français qui ont une origine étrangère, voire qui possèdent la double nationalité, mais aussi la gauche elle-même dans ses fondements.

Comme si cela ne suffisait pas, la France est désormais en état d’urgence permanent, ce qui donne à l’Etat des droits exceptionnels sur les libertés individuelles, ces droits ne trouvant leurs limites que dans les dysfonctionnements de ce même Etat et dans la culture humaniste de nos fonctionnaires, lesquels ressentent bien que « trop c’est trop ».

Malgré les déclarations éternellement optimistes de Michel Sapin, la croissance du PIB en France ne devrait pas dépasser 1,3 % en 2016 et la prévision est identique pour l’année 2017. Et pourtant, depuis 2012 les taux d’intérêt sont quasi nuls, le pétrole bon marché et l’euro faible.

D’ailleurs, comment imaginer une relance de l’économie alors que l’investissement de l’Etat est au point mort, que celui des collectivités locales qui représente 70 % de l’investissement public est lourdement obéré par les prélèvements de l’Etat, et que les capitaux privés quittent la France en raison de l’ISF, de la fiscalité tous azimuts, et plus généralement de la lourdeur des prélèvements obligatoires qui atteignent le record de 44,5 % du PIB après avoir culminé en 2013 à 44,8 % ? L’Allemagne est à moins de 40 % et le Royaume-Uni à moins de 35 %.

Il est vrai que l’Etat est paralysé, englué dans ses dépenses de fonctionnement qu’il continue à multiplier et dans un endettement toujours plus lourd et plus dangereux. Il en est l’unique responsable, car même si le gouvernement a tenté de faire croire que les collectivités territoriales étaient coresponsables de l’excès de dépense publique, l’ensemble des collectivités locales de France ne représentent que 9 % de la dette publique.

Difficile de donner des leçons au monde entier sans se faire traiter d’arrogant ridicule. Plus gravement, un séisme menace notre pays si les taux d’intérêt continuent à remonter

François Hollande se moquait de l’endettement de la France sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy parce qu’il avait atteint un taux de 90 % du PIB : mais l’endettement a progressé depuis au même rythme et il atteint plus de 98 % au 30 juin 2016. Or Nicolas Sarkozy avait au moins l’excuse d’avoir fait face à la crise financière des « subprimes » qui avait enflammé le monde.

En 2016, les intérêts annuels de la dette atteignent 44,5 milliards d’euros, c’est-à-dire à eux seuls les deux tiers du déficit budgétaire attendu pour 2016, que la Commission européenne prévoit comme le plus important de la zone euro !

La réduction de ce déficit, chaque fois promise mais toujours reportée, fait penser que l’engagement d’atteindre 3 % en 2017 ne sera pas non plus tenu. Il est bien difficile dans ces conditions de donner des leçons au monde entier sans se faire traiter d’arrogant ridicule. Plus gravement, un séisme menace notre pays si les taux d’intérêt, historiquement très bas, continuent à remonter comme ils semblent avoir commencé de le faire.

Pour ce qui est du chômage, malgré les nettoyages statistiques, les emplois aidés, « les stages parking » et les engagements cent fois répétés, la France compte 600 000 chômeurs de plus que n’en avait laissés Nicolas Sarkozy.

Quant à l’éducation, quelle déception que ces trois ministres successifs ! Ils ne laissent que le désordre coûteux d’un changement de rythmes scolaires appliqué à la hussarde et générateur de nouvelles inégalités, la suppression autoritaire des classes bi-langues et la réduction drastique du latin comme du grec, au profit d’une énième réforme toujours aussi centralisée et ne respectant pas davantage que les précédentes les attentes des enseignants et des parents.

Pire, les inégalités se sont accrues : il a fallu que ce soit le Défenseur des droits qui s’indigne de la situation en Seine- Saint -Denis, dont les enfants sont les plus mal lotis de France ! Comme le rappelle le rapport Pisa, nos performances sont médiocres parce que l’école renforce les inégalités sociales au lieu de donner à tous les meilleures chances de s’élever.

François Hollande tire donc sa révérence en laissant un pays démoralisé, une économie atone, une gauche durablement éclatée. Il avait promis « Le changement c’est maintenant »… Il ne lui reste plus qu’à s’éclipser sans gloire.

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