La Tribune de l'Art, 17 juin 2019, "Musée du Grand Siècle" à Saint-Cloud

La Tribune de l’Art lundi 17 juin 2019

L’installation de la collection de Pierre Rosenberg dans un nouveau musée qui sera installé à Saint-Cloud et qui sera à la fois consacré au XVIIe siècle, avec des dépôts importants de diverses institutions, et aux collectionneurs, ce qui élargira le champ chronologique.
L’échec du projet des Andelys ne devrait pas se renouveler car le département des Hauts-de-Seine, et son président Patrick Devedjian, s’est dès l’origine impliqué fortement. Il était donc normal de l’interroger à ce sujet.

 

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Comment est née votre passion pour l’histoire de l’art en général et pour le XVIIe siècle en particulier ?

Je suis venu au dessin grâce à mon père. Et dans ma jeunesse, j’ai rencontré Antoine Schnapper, qui était le gendre de Raymond Aron avec qui j’avais créé la revue « Contrepoint ». Il m’a fait découvrir la peinture du XVIIe siècle.

Comment en êtes-vous arrivé à devenir collectionneur ?

À l’âge de trente ans j’ai commencé à acheter un dessin de temps en temps. À cette époque, ils n’étaient pas très chers. J’ai acheté des peintures aussi, mais beaucoup plus tard. Essentiellement du XVIIe siècle mais aussi quelques peintures orientalistes.

Comment avez-vous été amené à proposer à Pierre Rosenberg de vous substituer aux Andelys ?

Ìl y a assez longtemps, j’avais donné une interview et j’avais dit que, pour moi, Poussin était le plus grand peintre français, parce que c’était un peintre cérébral. Peu de temps après j’ai rencontré Pierre Rosenberg et celui-ci m’a dit : « vous êtes un cas unique, l’homme politique français qui aime Poussin ! » nous avons continué à nous voir, j’ai beaucoup d’admiration pour son œil d’aigle, pour ses travaux, pour sa fécondité. Il m’avait parlé de son projet aux Andelys et des difficultés qu’il avait pour le mettre en œuvre, notamment pour des questions financières. J’ai saisi l’opportunité et je lui ai proposé, si ça ne marchait pas aux Andelys, qu’il puisse venir dans les Hauts-de-Seine.

J’ai suivi attentivement le projet des Andelys, votre projet est encore plus ambitieux, mais comment être certain qu’il va aboutir. Le ministère de la Culture va-t-il participer financièrement ?

Je ne suis pas dépendant des subventions de l’Etat. J’ai déjà créé La Seine Musicale en partenariat public-privé, mais avec des fonds du Département des Hauts-de-Seine qui est bien géré, avec très peu d’endettement. Je veux faire la même chose avec la peinture et les arts graphiques. En revanche, j’ai besoin de la collaboration intellectuelle et professionnelle des institutions de l’État dans ce domaine. Je veux entretenir, et c’est déjà d’ailleurs le cas, des relations étroites avec le Louvre et avec l’École des Beaux-Arts notamment. Échanger, obtenir des dépôts, créer un mouvement autour du Grand Siècle. Il faut fédérer à partir d’œuvres qui sont souvent conservées dans les réserves et qui sont pourtant très intéressantes.

Quel sera le statut juridique de cet établissement et quand sera-t-il mis en place ?

Il faudra bien entendu lui donner une autonomie administrative, mais cela viendra un peu plus tard. Dans un premier temps, il faut un investissement important dans le bâtiment. Il appartient au Département des Hauts-de-Seine et nous allons le rénover. Nous allons aussi complètement rénover - c’était prévu - l’organisation de la voirie sur la place Clemenceau et sur les quais de la Seine, car aujourd’hui cela ne fonctionne pas bien. Le site est un peu enclavé et difficile d’accès. Tout cela est de la compétence départementale et sera financé sur des fonds départementaux, mais il n’y a pas de raison que cela rentre dans la structure propre du projet. Ensuite nous créerons un établissement autonome, doté d’un conseil d’administration et d’un conseil scientifique. On y réfléchit mais ce n’est pas encore défini. Il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte. J’ai obtenu du président de l’Université de Nanterre que nous puissions lier son fonctionnement à celui de l’établissement, il y aura un centre documentaire... L’organisation de tout cela est compliquée.

Quel sera le budget des travaux ?

Hélas j’en ai une idée, et c’est la raison pour laquelle tout cela doit être pris en charge par le Département : une centaine de millions d’euros. La construction de la Seine Musicale, avait coûté 170 millions.

Et le budget annuel de fonctionnement ?

Il n’est pas encore défini car nous n’avons pas encore déterminé toutes les fonctions de l’établissement ni défini précisément le personnel dont nous allons avoir besoin. Ce sera en tout cas un budget de fonctionnement conséquent. Les effectifs seront de l’ordre d’une vingtaine de personnes dont, outre le directeur Alexandre Gady, des conservateurs et attachés de conservation. Nous avons déjà un personnel culturel dans le département et il y aura forcément des synergies.

Y-aura-t-il aussi des budgets d’acquisition et de restauration ?

Bien sûr, mais ces budgets ne sont pas encore arrêtés. Nous avons déjà un budget d’acquisition pour le Département.

Outre le Musée du Grand Siècle il y aura aussi un musée des collectionneurs. Envisagez-vous de laisser votre collection au musée ?

Hélas je ne crois pas qu’elle le mérite. C’est une petite collection modeste. Elle a eu surtout une fonction pédagogique pour moi.

Quel serait votre mot de conclusion ?

Je pense que c’est un projet qui prend sa place dans un vrai redéploiement de la culture hors Paris. La banlieue a souvent été délaissée et Paris devient de plus en plus inaccessible pour les banlieusards. Je me réjouis que puisse s’étoffer cette Vallée de la culture que j’ai voulu voir se développer autour de la Seine.

Propos recueillis par Didier Rykner.

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