La Tribune.fr, jeudi 18 décembre : Devedjian pense d'abord développement économique

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par Jean-Pierre Gonguet

L'élu du 92 peut et veut imprimer une logique plus économique à la Métropole du Grand Paris.

L’UMP s’est finalement rangée derrière Patrick Devedjian. Il sera donc, le 19 décembre, le nouveau président de Paris Métropole. Le choix peut paraître provocateur, l’élu du 92 ayant longtemps montré sa profonde aversion à l’égard de la Métropole du Grand Paris. Mais il peut aussi la sortir d’un enlisement menaçant car Patrick Devedjian veut se battre pour qu’elle ait, enfin, la compétence stratégique du développement économique.

Patrick Devedjian adore la polémique. Avec son célèbre grand sourire, il peut soutenir avec la plus parfaite mauvaise foi un argument en contradiction totale avec ce qu'il dit avant, si jamais il a envie d'emporter une joute verbale. Et comme l'avocat qu'il est a toujours envie de gagner l'échange... Patrick Devedjian est brillant. Il séduit, il énerve ou il amuse, c'est selon.

Le nouvel homme fort de la métropole adore surtout la contradiction. Farouche opposant à la métropole du Grand Paris il y a six mois, il va présider pendant un an Paris Métropole, le syndicat des élus du Grand Paris. Patrick Devedjian est intelligent, il peut changer d'avis.

D'autant que l'idée n'est pas si folle qu'il n'y paraît : Patrick Devedjian, électron un peu libre de l'UMP, débarrassé de la tutelle sarkoziste, a sa liberté de parole. Il est donc, peut-être, la bonne personne au bon moment.

En 2015, comme président de Paris Métropole, il va discuter avec l'Etat, le préfet comme le Parlement, des futures compétences de cette Métropole. Le franc-parler et les idées du président du conseil général des Hauts de Seine vont peut-être, là, permette de secouer quelques cocotiers.

Le développement économique par exemple. C'est LA question de 2015 : cette métropole va-t-elle avoir son mot à dire, ou bien la Région va-t-elle en garder la compétence exclusive ? Tous les élus le disent en « off » : « L'enjeu, le véritable enjeu de la métropole, c'est le développement économique, explique l'un des responsables du dossier au plus haut niveau gouvernemental. On va voir si, en 2015, on peut amener le sujet et sur quoi on peut tenir un accord. »

« Le centralisme est une folie ! »

Patrick Devedjian dit la même chose, mais publiquement. « Je ne comprends pas que la métropole se dote de compétences urbanisme ou logement. La seule qui compte c'est le développement économique », a-t-il lancé il y a peu face à Anne Hidalgo. La Maire de Paris ne l'a pas franchement contredit. « Le développement économique est une compétence stratégique - c'est une compétence stratégique au même titre que les transports -, le logement n'en est pas une. La Métropole devrait avoir ces deux compétences stratégiques », affirme l'élu du 92.

Une revendication qui fait partie d'ailleurs de son anti-jacobinisme :

« Les villes se sont construites contre l'Etat et il y a une volonté permanente de l'Etat de récupérer ce pouvoir. Les rapports Ville-Etat, et maintenant Métropole-Etat, c'est juste l'histoire d'un long affrontement. »

Il y a quelques mois, l'homme de droite admirateur de Gaston Defferre et anti-jacobin notoire nous avait expliqué qu'en France :

 « On est obsédé par le logement. Cela justifie l'accaparement de tous les pouvoirs par cette très haute administration française qui ne s'est jamais remise de la  décentralisation de Gaston Defferre de 1982. Ces textes l'avaient privé de la délivrance des permis de construire et d'un certain nombre de règlements sur l'urbanisme. Depuis 82, la Haute Administration n'a cessé de rogner tout ce que la loi de 82  avait accordé aux élus locaux. Pourtant, si l'on fait le bilan et que l'on compare l'urbanisme de la région Ile-de-France conduit par Paul Delouvrier et ses épigones à celui réalisé par les multiples élus locaux, il n'y a pas photo. La politique de Delouvrier [le haut fonctionnaire chargé par le général de Gaulle de la planification urbaine et père des « villes nouvelles », Ndlr]  a conduit au désastre  des grandes cités où on a concentré toutes les populations en difficulté, au prétexte qu'il fallait les loger rapidement. Le centralisme est une folie ! »

La Métropole, c'est la re-centralisation

La peur de Devedjian c'est la re-centralisation, avec l'usine à gaz comme la Métropole. Il a trop vu les méfaits des technocrates sur le territoire :

« Les marxistes disent qu'il faut juger un politique à ses œuvres. Or, les œuvres de Delouvrier et de ses épigones, ce sont les grandes cités qui ont défiguré la banlieue, des usines d'incinération d'ordures ménagères, des dépôts d'autobus, de matériaux qui ont éventré le banlieue, qui en ont fait le dépotoir de Paris. La décentralisation de Defferre a revivifié ces territoires, les a transformés dans le même temps où d'ailleurs Paris se vidait à cause d'une politique qui avait deux piliers. Paris est une ville de plus en plus stérile, enfermée dans le corset de fer du périphérique, qui a accaparé toute la richesse, qui n'a pas de développement économique et vit sur ses acquis. »

Ces propos ont été tenus il y a quelques mois, à un moment où Patrick Devedjian était très en rogne contre la loi métropole et avant qu'il obtienne de Manuel Valls la réécriture du fameux article 12 de la loi territoriale (qui sera de nouveau discuté début 2015 à l'Assemblée).

Mais fondamentalement, Patrick Devedjian pense que « Paris vit historiquement comme un parasite au détriment du pays et de la banlieue et que l'on est dans une véritable lutte des classes entre Paris et  la banlieue ». Il tient d'ailleurs tellement à cette idée qu'il l'a relancée il y a peu devant Christian de Portzamparc, Anne Hidalgo, Saskia Sassen (la sociologue américaine qui a théorisé les « Villes Monde ») lors d'un débat organisé par Libération :

« Les habitants des Hauts-de-Seine sont des exploités, qui se sont soignés. »

Il souriait, mais il en était quand même convaincu.

« Densifier une ville trop dense ? Je n'y crois pas »

Le nouveau président de Paris Métropole ne va donc pas se battre pour sanctuariser la compétence logement de la future Métropole :

« Paris et la petite couronne, c'est le territoire le plus dense de toute l'Europe, deux fois plus dense que Londres. Or, qu'est-ce qu'on nous explique ? Qu'il faut construire 70.000 logements par an, là où on n'en construit même pas la moitié ! Qu'il faut encore densifier ? La population ne veut pas, elle est très hostile à la densification. Et ce que nous prépare la métropole, c'est le retour au pouvoir de ces gens-là qui pendant cinquante ans ont conduit une politique désastreuse et irréaliste. On redonne les moyens à une administration centralisée et technocratique de faire une politique rejetée par les citoyens et qui est une folie, compte tenu de la densité du territoire. Avec Sarkozy, c'était pareil, d'ailleurs, ce n'est absolument pas une question gauche droite : tout le monde veut faire 70.000 logements, les fonctionnaires sont les mêmes... On mourra étouffé...  on va repartir dans l'urbanisme de grande dimension décidé par des ingénieurs parisiens habitant Paris sans aucune écoute ni relation réelle avec la population. »

Et il précise :

« Je ne jette pas la pierre aux élus socialistes, ça a été la même chose à droite. Quand Sarkozy a décidé d'augmenter le COS de 30% sauf si les communes refusaient, toutes les communes, à commencer par celles de droite, ont voté le "non" en moins de trois mois. On avait conscience de la densité dans nos villes. On l'a voté nationalement, mais localement on a dit "non". Tous. Le PS avec la métropole, ça va être la même chose. »

Un peu de cohérence dans le développement économique

Patrick Devedjian est capable d'accepter certaines choses :

« Mon père a été exproprié par l'EPAD [l'Etablissement public pour l'aménagement de la région de La Défense, Ndlr] il y a cinquante ans. Mais, à l'époque, c'étaient les bidonvilles de Nanterre qui étaient là et il fallait construire. Emile Aillaud [l'architecte des grands ensembles des années 60, Ndlr] vivait dans un hôtel du 18e siècle dans le 7e arrondissement et expliquait que les tours c'était bien pour les habitants. Ce n'est pas comme cela qu'il faut procéder : i'ai construit des logements  sociaux dans des quartiers bourgeois. J'ai eu du mal. Mais j'ai fait très attention, j'ai fait des petits immeubles, ça fonctionne. »

Mais c'est sur le développement économique qu'il va porter ses efforts : le but n'est pas d'avoir une structure commune de développement économique mais, au moins, d'arriver à mettre en place les moyens d'une stratégie partagée de développement économique.

Tous les départements, Paris, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne ont une agence de développement économique. Les grandes intercommunalités en ont une. L'Etat a les siennes qui interviennent dans le Grand Paris, les CCI en ont, et bien sûr, la Région Ile-de-France dont c'est la compétence, en a une. A cela s'ajoutent les agences qui travaillent sur l'attractivité d'un projet, d'un quartier.

Bien évidemment rien de tout cela n'est coordonné, la concurrence étant même souvent érigée en principe. L'enjeu de la Métropole est économique, les Londoniens le savent depuis longtemps et leur stratégie est en conséquence

 

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