Libération, 28 août 2014 « Le Gouvernement est-il de droite ? »

A cette question, je donne ma réponse avec Michel Onfray, Thierry Pech, Marie-Noëlle Lienemann, Pascal Durand, Karine Berger, Marielle de Sarnez, Didier Guillaume

 

"Quand on entend Fabius, on peut se poser la question"

« Un gouvernement n'est pas de droite parce qu'il est critiqué par l'extrême gauche, qui fait l'amalgame entre social-démocratie et libéralisme ! Ce qui se passe, c'est que le gouvernement Valls II voulu par François Hollande s'achemine de plus en plus vers une social-démocratie conforme au modèle européen. Jusque-là, malgré ses promesses de nouveau modèle économique, François Hollande a échoué sur toute la ligne : toutes ses prévisions ont été démenties et ses engagements ont été ratés. A la fin du quinquennat, avec l'effet boule de neige, l'endettement sera comparable à celui laissé par Sarkozy. Pour moi, ce n'est pas une politique de droite ou de gauche, mais pas de politique du tout ! Où est la politique de relance, où est la politique industrielle ?

«Quand on entend Laurent Fabius, on peut cependant se poser légitimement la question de savoir si ce gouvernement est de droite. Le ministre des Aff aires étrangères a lui-même pointé [tors d'un séminaire gouvernemental sur l'attractivité de la France le 21 août, nair] tous les handicaps de la France : les 35 heures, l'impôt de solidarité sur la fortune, les 75%, la flexibilité du travail... Ce n'est pas ce qu'on appelle un discours de gauche.

«Cependant, il faut définir ce qu'est la droite. Vaste sujet, surtout aujourd'hui, car droite et gauche sont aussi disparates l'une que l'autre. Le petit jeu à droite est de s'accuser d'être de gauche, comme le petit jeu à gauche est de s'accuser d'être de droite. Pour moi, qui reste aronien, la différence entre ces deux formations républicaines, c'est l'affrontement inévitable entre liberté et égalité : en définitive, la droite donne la priorité à la liberté et la gauche à l'égalité. Je dis bien en définitive, car ni la droite ni la gauche ne récusent l'une ou l'autre. A terme, c'est la différence, peut-être la seule aujourd'hui. L'illustration est la politique fiscale de François Hollande, qui décourage l'investissement. C'est même le fond du problème actuel en France.

«Je sais que les personnalités et le parcours de tel ou tel nouveau ministre alimentent la controverse. Mais ce n'est pas le sujet. Qui se souvient que, comme Emmanuel Macron, Henri Emmanuelli vient de la banque Rothschild? Il est pourtant à la gauche de la gauche...

«Ce qui me paraît beaucoup plus préoccupant, c'est la présidentialisation de plus en plus affirmée des nominations au gouvernement: Emmanuel Macron, qui a été nommé à un ministère important, n'a aucun parcours électoral. Il n'est même pas simple conseiller municipal n'importe où ! Sa seule légitimité est d'avoir été un collaborateur du président de la République. En Angleterre, il n'aurait pas pu devenir ministre. »

 

Recueilli par PASCALE NIVELLE

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