"L'urbanisme est une compétence qui doit rester municipale", Le Parisien Hauts-de-Seine, 25 octobre 2013

Interview de Patrick Devedjian, président (UMP) du conseil général des Hauts-de-Seine, par Jila Varoquier  

Quelques jours après le vote du SDRIF (schéma directeur de la région Ile-de-France, un document d’urbanisme qui entend rééquilibrer le territoire en termes de logements, de transports et d’emploi), le président du conseil général critique les objectifs de construction imposés par le texte.  

Que reprochez-vous à ce document ?

Patrick DEVEDJIAN. La densification asphyxiante. On nous demande de construire 11 600 logements, presque deux fois plus que les 6 400 que nous réalisons en moyenne par an, avec des objectifs par bassin de vie. On a presque envie de leur demander combien on doit mettre de fenêtres ! Or la densité de la région parisienne est la plus élevée d’Europe et correspond au double de l’équivalent londonien.

Ce chiffre est pourtant le fruit d’un accord signé par le précédent gouvernement de Nicolas Sarkozy ?

C’est exact. A l’époque, je m’y étais opposé. Mais ce nouveau document, contrairement au SDRIF de 1994, ne laisse plus le choix aux communes. L’urbanisme est pourtant une compétence qui doit rester municipale. C’est un élément majeur de la démocratie sur lequel se positionnent les citoyens lors des élections.

Quel est selon vous la solution pour accueillir les nouvelles populations en Ile-de-France ?

Il faut décentraliser ! la France est gouvernée par des hauts fonctionnaires qui ne voient qu’à travers la fenêtre de leur bureau parisien. Et tout le monde vient habiter en région parisienne, parce que l’emploi s’y concentre.

Ce Sdrif n’est-il pas justement un moyen de rééquilibrer logements et emploi entre départements et à l’échelle de la région ?

Ce n’est pas le rôle de la Région de le faire, c’est celui de l’Etat à l’échelle nationale. La Région parle de rééquilibrer le territoire et de réduire les temps de trajets pour les habitants, et elle ne projette de desservir les deux plus grands pôles d’emploi de Roissy et de La Défense qu’en dernier ! Sans oublier qu’en plus de densifier, les Hauts-de-Seine sont contraints de diviser par trois le rythme annuel de créations d’emplois.

Comment cela ?

Le Sdrif impose que, pour la création d’un emploi, le département doive construire 2,2 logements. C’est-à-dire que l’on descendrait à 3 000 emplois par an, contre 8 000 aujourd’hui. En pleine crise, on casse la dynamique de l’emploi sur l’un des rares territoires où il se développe encore.

Il y a pourtant encore des communes où on peut construire ?

Oui, il y a peut-être des latitudes. Mais on s’attaque là à la liberté des citoyens des Hauts-de-Seine qui veulent de l’espace. Sommes-nous dans une démocratie ou un système autoritaire ? Se pose par ailleurs la question de la capacité d’investissement nécessaire. Ces chiffres sont irréalistes.

Que comptez-vous faire ?

Pourquoi pas un référendum ? Il serait intéressant de demander aux habitants ce qu’ils pensent de cette densification que l’on veut leur imposer.

(Propos recueillis par Jila Varoquier)

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