Mieux connaître notre tête de liste Alain Lamassoure

Pour mieux connaître notre tête de liste UMP en Ile-de-France, Alain Lamassoure, ancien ministre, député européen, actif et compétent, lisez son interview dans « Le Monde » du 24 avril 2014 dans lequel il précise ses positions européennes :

« Il faut cesser de faire de l’Europe le bouc émissaire de nos problèmes »

http://www.lemonde.fr/europeennes-2014/article/2014/04/24/alain-lamassoure-il-faut-cesser-de-faire-de-l-europe-le-bouc-emissaire-de-nos-problemes_4406544_4350146.html

Henri Guaino dit ne pas vouloir voter UMP car vous êtes tête de liste du parti et trop fédéraliste à son goût. Est-ce une bonne nouvelle pour l'engagement européen de la droite ?

Alain Lamassoure - Henri Guaino n'est d’accord qu'avec la pensée unique d'Henri Guaino. Tous les dirigeants de l'UMP, tous les anciens premiers ministres et l'ex-président de la République m'ont choisi pour être tête de liste de la région capitale en raison de mon engagement européen.

Comment l'UMP peut-elle surmonter le clivage existant en interne entre les eurocritiques et les pro-européens ?

Des opinions personnelles s'expriment. C'est inévitable dans un grand parti politique, mais l'Europe n'est plus un sujet qui divise l'UMP. Le temps du débat sur le « sexe de l'Europe » (fédéral ou intergouvernemental) est de facto révolu car le traité de Lisbonne organise une union de l’Europe des nations pour les dix années à venir. La souveraineté reste donc nationale. J'y ai personnellement veillé, en rédigeant « la clause de divorce dans le traité de Lisbonne qui permet à chaque Etat membre de quitter l'Union sans conditions s'il ne s'y sent plus à l'aise.

Quelle est la ligne de campagne de l'UMP pour les européennes ?

Nous ne sommes pas satisfaits de l'Europe et de sa bureaucratie. Justement le pouvoir est à prendre. Le Parlement européen élu en mai aura désormais la plénitude du pouvoir législatif et élira pour la première fois la personnalité qui présidera la Commission. Ce « Monsieur Europe » incarnera réellement l'Europe et sera responsable devant les citoyens européens. C'est un saut qualitatif démocratique. Il y a deux candidats : celui du Parti socialiste européen (PSE), Martin Schulz, et celui du Parti populaire européen (PPE), Jean-Claude Juncker. L'un ou l'autre sera quoi qu'il arrive à la tête de la Commission, car les trois principaux partis du Parlement (PPE, PSE et l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe, ALDE) ont accepté que celui qui gagne les élections européennes puisse imposer son candidat.

Comment convaincre des vertus de l'euro face au FN, qui exige la fin de la monnaie unique ?

Deux Français sur trois sont favorables au maintien de l'euro. Sans lui, nous n'aurions pas survécu à la crise financière. Nous aurions subi en plus une guerre monétaire entre pays européens, comme ce fut le cas en juillet 1993, lorsque j'étais ministre des affaires européennes. Si nous revenions aux monnaies nationales, la France pourrait dévaluer sa monnaie mais cela permettrait aussi aux autres pays européens de faire la course au « dumping » monétaire. Cela ruinerait nos concitoyens les plus fragiles à commencer par les retraités. Les Français l'ont bien compris : avoir la deuxième monnaie du monde permet à l'Etat français et à nos entreprises de bénéficier des taux d'intérêt les plus bas.

Le PS fait campagne contre l'austérité en affirmant que c'est Bruxelles qui nous y condamne…

Il faut cesser de faire de l'Europe le bouc émissaire de nos problèmes nationaux. Nous pouvons attendre beaucoup de l'Europe et de nos partenaires européens mais nous ne pouvons leur demander de faire les efforts qu'ils ont déjà faits et que nous ne cessons de différer. La compétitivité de l'économie française ne dépend que de la politique menée par l'Etat français : le taux d’impôts et de charges, la durée du travail, l'âge du départ à la retraite… Sur les 18 pays de la zone euro, seuls deux seront en déficit commercial cette année : la Grèce et la France. En dix ans, la part de l’industrie française a diminué d'un tiers dans cette zone.

La zone euro a un excédent commercial de 150 milliards d'euros. Faut-il  mettre en place une forme de protectionnisme pour protéger notre industrie ?

Le protectionnisme est un non-sens ! Il faut aller chercher la croissance là où elle est, sur les nouveaux continents. En revanche, nous devons exiger systématiquement la réciprocité dans nos échanges commerciaux avec nos partenaires internationaux : le Mercosur, le Canada, les Etats-Unis ou la Chine. Avec le traité de Lisbonne, le Parlement européen a un pouvoir de ratification des accords commerciaux qu'il n'avait pas avant et exerce un pouvoir de contrôle tout au long des négociations.

Laurent Wauquiez propose une Europe des six. L'élargissement est-il responsable des malheurs de l'Europe ?

Sur ce point, Laurent Wauquiez est totalement isolé à l'UMP. Je reconnais que l'élargissement à la Roumanie et à la Bulgarie a été mal préparé. Nous sommes d'ailleurs hostiles à une entrée de ces deux pays dans l'espace Schengen.

Où s'arrêtent les frontières de l'Europe ?

A l'UMP, nous sommes totalement opposés à un nouvel élargissement. Ni la Turquie ni l'Ukraine n'ont vocation à entrer dans l'Union. En revanche, nous sommes favorables à des partenariats privilégiés avec ces pays, la Russie et certains autres du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord.

Nicolas Sarkozy s'était battu contre Schengen en 2012, affichant une borne frontière imaginaire en arabe. Aujourd'hui, vous défendez Schengen. M. Sarkozy avait tort ?

Je ne défends pas Schengen. Je considère que cet espace doit être réformé et surtout complété. Le traité de Lisbonne donne à l'UE toute la gamme des moyens diplomatiques, juridiques et financiers pour avoir une politique commune de l'immigration. Les 28 pays de l'Union souhaitent mettre en place une immigration choisie, mais pas subie. Aucun ne peut, seul, y arriver. Pour y remédier, il faut négocier ensemble avec les pays d'origine pour qu'ils puissent garder leur population chez eux.

D'ailleurs, dans son programme, l'UMP propose la création d'un nouveau poste de commissaire européen chargé des questions de l'immigration. Il faut aussi renforcer les contrôles aux frontières extérieures de l'Europe en mettant en place un corps de gardes-frontières européens. Autre impératif : établir les mêmes règles sur les conditions d'entrée, de circulation, de séjour et de travail. Si certains pays se trouvant dans Schengen ne veulent pas aller jusque-là, on avancera sans eux.

Xavier Bertrand ne veut plus de « Merkozy ». A-t-il raison ?

Pour des raisons historiques et profondes, le véhicule européen avance avec deux roues motrices : une française et l'autre allemande. La rapidité et la puissance du véhicule dépendent des roues motrices et de la force de l'essieu qui les unit. Sans l'axe franco-allemand, l'Europe n'avance plus. C'est malheureusement le cas depuis deux ans car la roue française patine.

Pour Brice Hortefeux, une intervention de M. Sarkozy sur l'Europe serait « utile » avant le 25 mai. Souhaitez-vous qu'il s'exprime ?

S'il veut s'exprimer, il s'exprimera. Chaque grand parti politique doit vivre et survivre à ses grands hommes lorsque ces derniers sont absents. Le Parti conservateur britannique a survécu à la défaite de Churchill en 1945, jusqu'à ce que ce dernier revienne au pouvoir en 1951. Il a aussi survécu à la défaite de Thatcher, qui, elle, n'est jamais revenue au pouvoir. En Allemagne, la CDU a survécu aux départs d'Adenauer et de Kohl et ce parti est à nouveau au pouvoir. Le parti socialiste a aussi survécu au départ de Mitterrand.

 

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