"Oui au droit d'inventaire", Le Figaro du 25 janvier 2013

L’ex-secrétaire général estime qu’il faut décloisonner le parti et permettre le « foisonnement des idées ».

(Propos recueillis par Rodolphe Geisler et Philippe Goulliaud)

LE FIGARO.- Comment va l’UMP ? 

Patrick DEVEDJIAN.- Elle est en convalescence après avoir eu 41 de fièvre. Les querelles de personnes ont pris le dessus sur le débat d’idées. Or, il est urgent que l’UMP bâtisse un programme alternatif à la politique du gouvernement. Critiquer ne suffit pas. Il faut proposer. Pour cela, nous devons faire l’inventaire de nos succès et de nos échecs. Nos succès ont été nombreux et méritent d’être défendus face à la caricature qu’en fait l’actuelle majorité. Je pense au leadership européen et mondial dans la crise, à l’autonomie des universités, à la réforme des retraites, au plan de relance ou encore à la QPC, au RSA, etc. En même temps, c’est vrai, nous avons eu des échecs. Nous n’avons pas touché aux 35 heures, nous n’avons pas réellement  réformé la fiscalité. Nous n’avons pas assez lutté contre les déficits, ni su mettre en œuvre à temps la TVA sociale …

C’est un véritable réquisitoire que vous dressez là…

Ce n’est pas un réquisitoire, c’est une ébauche de programme pour l’avenir. Toute action comporte une part d’erreurs. Quand on ne les analyse pas, on est condamné à les répéter.

Mais, Nicolas Sarkozy n’est pas favorable à un tel droit d’inventaire !

Il ne s’agit pas de chercher un bouc émissaire, mais d’analyser le message que nos électeurs nous ont adressé à deux reprises en 2012. Notre responsabilité est globale. Notre crédibilité à parler d’avenir dépendra de notre capacité à faire le bilan du passé. {jcomments on}

La nouvelle direction collégiale de l’UMP trouve-t-elle grâce à vos yeux ?

Cette nouvelle direction peut réussir à condition de créer les synergies nécessaires à un esprit coopératif. Sinon, le risque, c’est une nouvelle guerre des tranchées. Ce que ne souhaitent pas les militants. Comme ancien secrétaire général, je suis membre de la commission de rénovation des statuts. Je m’engage à ce titre à œuvrer pour moderniser l’UMP. Le temps n’est plus aux organisations pyramidales. Le foisonnement des idées a besoin de transversalité, de décloisonnement et de diversité..

Pensez-vous que Jean-François Copé vous entendra ?

Je ne sais pas. Mais nous devons apprendre à penser et travailler de façon collective. Sortons du mythe de l’homme providentiel. A l’UMP pas plus qu’ailleurs, il n’est pas de sauveur suprême.

Ne redoutez-vous pas, au contraire, que sans leader identifié, l’UMP apparaisse inaudible ?

Pour être audible, l’UMP doit d’abord revenir au fond. Il faudra bien évidemment un minimum de coordination entre tous les vice-présidents et autres délégués généraux. Mais la diversité de notre mouvement doit être aussi à l’image de nos électeurs. Tous ceux qui sont susceptibles de voter pour nous, peuvent l’être pour des attentes  contradictoires.

Êtes-vous partisan d’organiser des primaires pour les municipales ?

Je propose l’organisation, avant l’été de primaires ouvertes dans certaines villes aujourd’hui tenues par la gauche, ainsi que dans celles où nous n’avons pas de candidats qui s’imposent. Dans mon département des Hauts-de-Seine, par exemple, il y a trois ou quatre villes où elles permettraient d’arbitrer des conflits de légitimités. Je pense notamment à Colombes, Clichy ou Asnières que nous pouvons reprendre. Par « primaires ouvertes », j’entends ouvertes à tous ceux qui - de l’UMP à l’UDI en passant par des DVD - signeraient une « charte de valeurs » et s’engageraient à constituer des listes communes. L’idée est d’éviter ainsi la pluralité des listes.

Pour la présidence de l’UMP, François Fillon doit-il se représenter en septembre ?

Il est le seul à pouvoir répondre à cette question. Mercredi prochain, il doit recevoir les parlementaires qui l’ont soutenu. J’attends à cette occasion  qu’il nous dise quel est son projet politique

En attendant, estimez-vous qu’il est le meilleur candidat pour Paris ?

Je pense que oui , mais il doit dire s’il en a envie. La gauche parisienne a fait une politique malthusienne qui étouffe la ville. Des arrondissements, comme le VIIIe, ont été dévitalisés et vidés de leurs habitants pour obtenir des recettes fiscales avec des bureaux. Le commerce a été asphyxié. La ville est sale. Enfin, Bertrand Delanoë a confondu culture et animation. A nous de nous montrer attractifs . La victoire est à portée de mains, il est urgent d’engager la campagne.

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