Plus qu'un seul maître à bord de La Défense

 

Une page majeure se tourne dans l’histoire du plus grand quartier d’affaires d’Europe. Historiquement sous la férule de l’Etat, La Défense doit bientôt passer dans le giron des collectivités locales (villes, département, région et métropole). C’est ce que prévoit l’article 37 du projet de loi sur le statut de Paris et l’aménagement métropolitain, présenté ce mercredi 3 août en conseil des ministres. Une nouvelle organisation qui satisfait les élus locaux et qui est censée entrer en service le 1er janvier prochain.

Un seul pilote dans l’avion. Aujourd’hui, La Défense est dirigée par deux entités, l’une dominée par l’Etat et l’autre par les collectivités locales. L’Etat s’occupe de l’aménagement de La Défense via l’Etablissement public d’aménagement de la Défense - Seine Arche, l’Epadesa, le rejeton du fameux Epad. Il fait construire les tours. De leur côté, les collectivités s’occupent de leur gestion et font vivre le quartier avec Defacto.

Demain, un seul organisme remplacera ces deux têtes, avec pour premier avantage la lisibilité. « Deux établissements publics pour le même site, cela pose problème, souligne Yann Jounot, le préfet des Hauts-de-Seine. Aujourd’hui, il y a deux pilotes dans l’avion, demain il n’y en aura qu’un. Les responsabilités en seront clarifiées. » De quoi rassurer des investisseurs parfois déroutés par une double gouvernance où l’on ne sait pas bien qui fait quoi.

Les collectivités en première ligne. L’Etat sera minoritaire dans la future entité. Ce sera donc aux collectivités locales de mettre la main à la poche : Nanterre, Courbevoie et Puteaux sur lesquelles est bâtie La Défense, mais aussi le conseil départemental des Hauts-de-Seine. Une rue à créer, un pont à refaire, un souterrain à entretenir : terminé le robinet de l’Etat. Celui-ci ne participera plus qu’aux financements d’infrastructures et de projets stratégiques « comme c’est le cas pour les gares » dixit Yann Jounot.

Pas de quoi inquiéter les partisans du changement comme Eric Cesari, adjoint au maire (LR) de Courbevoie qui assure « qu’on peut faire des emprunts à 15 ans » alors que « l’Etat n’est plus capable de s’engager dans ces processus ». Pour Patrick Devedjian, président (LR) du conseil d’administration de Defacto, « l’Etat voulait tout commander mais ne jamais rien payer ». Celui qui est aussi président (LR) du conseil départemental se satisfait donc du changement de gouvernance.

Objectif : rénover le quartier. Le but affiché est de hisser La Défense à la hauteur des quartiers d’affaires de classe mondiale « comme Londres ou Singapour » selon les mots de Yann Jounot. Parce que depuis sa création dans les années 1960, La Défense a vieilli. Ce sera au nouvel établissement de financer les opérations d’aménagement et de modernisation.

La Cour des comptes estime que les travaux urgents à réaliser se montent à 350 M€. « Tous les utilisateurs de La Défense voient dans quel état elle est et s’en plaignent, tacle Patrick Devedjian. Il faut investir 50 M€ par an pendant dix ans. » L’emprunt semble une solution inéluctable. « La Défense presque entièrement construite, c’est un quartier qui est achevé. Il y a très peu de droits à construire à vendre, donc il n’y a plus de recettes à espérer », conclut le patron du conseil départemental.

Qui présidera ? On ignore encore qui tiendra les rênes du nouvel établissement. Un représentant de la métropole, le maire d’une des trois communes, deux de droite et Nanterre dont le maire Patrick Jarry (Gauche citoyenne) préside l’Epadesa, Patrick Devedjian ? « La question n’est pas d’actualité », jure ce dernier. De même, rien ne permet d’affirmer que la nouvelle entité générera des économies, par exemple en termes de personnel.

Olivier Bureau

La Défense c’est…

  • 3,45 millions de m² de bureaux
  • 245 000 m² de commerces dont 130 000 aux Quatre-Temps
  • 180 000 salariés
  • 20 000 habitants
  • 3 600 entreprises dont 1 500 sièges sociaux et 150 des 50 premières entreprises mondiales
  • 2 600 chambres d’hôtels
  • 60 sculptures d’art contemporain (Calder, César etc.)

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