"Réveiller l'Europe", Bloc-notes de L’Opinion, 18 janvier 2017

 

Qu’est-ce que le monde pense de nous ? Donald Trump et Vladimir Poutine sont d’accord sur une chose : ils ne croient pas à l’avenir de l’Europe et pensent qu’elle est en train de se défaire. Trump trouve la Chine plus importante que l’Europe et menace de ne plus en assurer la défense avec l’OTAN, Poutine veut restaurer l’empire russo-soviétique. Ils ne sont pas les seuls dans le monde à considérer que le Brexit est le commencement de la fin. Theresa May envisage de passer un accord de libre-échange avec les Etats-Unis et de développer une politique de dumping fiscal et social qui attirera la richesse sur son territoire. Etrangement, l’ancienne mère patrie de la colonie américaine envisage d’inverser les rôles.

A juste raison les dirigeants européens ont choisi enfin une politique de fermeté dont la négociation est conduite par Michel Barnier. En France, au-delà de l’ambition d’accueillir des entreprises qui quitteraient Londres, il n’y a guère de débat et la campagne électorale ne traite le sujet qu’en mode mineur. Les mesures d’ajustement fiscales sur les entreprises et les impatriés ne sont pas au niveau des menaces. Mais les déclarations provocatrices du nouveau président américain devraient éveiller les consciences.

Depuis le XVIIIe siècle et la guerre de Sept ans, la France a perdu toutes les grandes batailles contre l’Angleterre, par arrogance et par légèreté. Certes, François Fillon se rapproche d’Angela Merkel et c’est indispensable. Il faut une réponse politique forte et l’alliance franco-allemande doit être beaucoup plus étroite après les manœuvres et le désintérêt du quinquennat d’un François Hollande pourtant autrefois militant européen et disciple zélé de Jacques Delors.

La zone euro doit être interdite aux finances britanniques et se doter de sa propre gouvernance. Ce serait un comble que l’euro soit massivement traité hors de sa zone et dans un pays concurrent.

Projet commun de convergence. La vraie réponse à la menace anglaise commence par un projet commun de convergence de nos systèmes fiscaux et sociaux en France et en Allemagne, afin d’additionner nos talents. Ce serait le prélude à une Europe plus intégrée. La zone euro doit être interdite aux finances britanniques et se doter de sa propre gouvernance. Ce serait un comble que l’euro soit massivement traité hors de sa zone et dans un pays concurrent. La méthode Monnet des petits pas a eu son intérêt mais elle a trouvé depuis longtemps ses limites, il faut des mesures fortes afin que chacun comprenne que l’Europe est une puissance qu’il faut respecter.

L’Europe, c’est d’abord la libre circulation des Européens mais l’Angleterre la refuse chez elle et déjà un mauvais climat se répand à Londres pour les expatriés. Quand on pense que les gouvernements anglais n’ont cessé de militer pour l’élargissement, au détriment de l’approfondissement, insistant lourdement en faveur de l’adhésion de la Turquie, devenue désormais une quasi dictature, et qu’aujourd’hui ils rejettent les Polonais résidant sur leur sol ! Ils ont en même temps toujours trouvé bien pratique de reporter la frontière anglaise à la gare du Nord pour l’Eurostar ou à Calais pour le Tunnel.

De manière sympathique, de nombreux Anglais qui résident en France ont choisi de demander la nationalité française. C’est un hommage qui nous est rendu, il faut y répondre rapidement et chaleureusement.

Les problèmes de l’immigration sont si complexes et l’organisation maffieuse de l’immigration des malheureux clandestins si ramifiée qu’aucune nation ne peut seule les traiter quelle que soit la coopération entre Etats. L’immigration est une compétence européenne, il est donc temps de créer des gardes- frontières et des garde-côtes européens et de ne pas accabler l’Italie et la Grèce. La première chose à faire est de lutter contre les passeurs : c’est une question internationale donc européenne et maritime qui suppose une flotte dédiée. Il faut pour cela que les nations européennes acceptent un modeste transfert de souveraineté qui prendra les populistes à contre-pied en apportant une limitation à un scandale désastreux pour la crédibilité de nos démocraties.

C’est aussi le moment d’aller discuter avec Nicola Sturgeon, Première ministre de l’Ecosse, qui veut que son pays demeure en Europe, ou de parler avec les Irlandais qui ont déclaré le gaëlique comme langue de travail au sein de l’Europe. Il est temps d’avoir une diplomatie européenne beaucoup plus active. Ce devrait être le rôle de la France, non seulement à cause de son histoire et de sa géographie, mais surtout parce que sans elle l’Europe est boîteuse. Or il faut bien le dire depuis l’élargissement indéfini, qui est aussi une victoire anglaise, la France s’est découragée et n’a pas joué sa carte auprès des nouveaux entrants de l’Europe orientale qu’elle a souvent regardée avec méfiance.

Instabilité ministérielle. Les gouvernements français, toujours jacobins, sont peu disposés à laisser Bruxelles prendre en main des questions qui touchent à la souveraineté. Ils sont toujours très prompts à faire croire que les « technocrates de Bruxelles » sont plus envahissants que les leurs, alors que la France est de moins en moins influente à Bruxelles et y suit fort mal ses intérêts : de 2007 à 2014, en sept ans, il y a eu 7 ministres des Affaires européennes. L’instabilité ministérielle française demeure, malgré un exécutif fort.

Alors que le Conseil européen d’Edimbourg, en 1992, avait décidé d’installer le Parlement européen à Strasbourg, notre retard à doter la ville des facilités d’accès d’une métropole ont rendu aléatoire cette chance de rayonnement.

La crédibilité de la France est entamée par l’addition des promesses non tenues au regard de nos déficits publics comme par les échecs de notre politique économique : il vaut mieux réussir ce qu’on entreprend quand on tient à donner des leçons au monde entier.

Nos nations européennes ne voient pas qu’elles se marginalisent dans un monde qui nous ignore de plus en plus. La vocation des responsables politiques n’est pas de distribuer des tranquillisants. Il est temps de se réveiller, avant l’effondrement.

 

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