Remise du Prix Chateaubriand 2014 à l'Institut de France

Discours de Patrick Devedjian, président du Conseil général des Hauts-de-Seine :

Monsieur le Chancelier, Cher Gabriel de Broglie,

Monsieur le Président du jury du Prix Chateaubriand, Cher Marc Fumaroli,

Mesdames et Messieurs les membres de l’Institut,

Mesdames et Messieurs les membres du jury,

Messieurs les membres du comité de lecture,

Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux d’être présent parmi vous pour ce rendez-vous littéraire, auquel nous sommes très attachés.

Depuis 2011, le Prix Chateaubriand est traditionnellement remis ici à l’Institut de France, après sa proclamation à la Vallée-aux-Loups, dans la maison de Chateaubriand.

Monsieur le Chancelier, merci de l’accueil que vous nous réservez désormais chaque année, et qui permet au lauréat du Prix Chateaubriand de s’exprimer dans les murs de l’Institut.

Comme vous le savez, le Prix Chateaubriand, créé par le Département des Hauts-de-Seine il y a près de 30 ans, couronne un ouvrage de recherche historique ou d’histoire littéraire, lié directement ou indirectement aux thèmes abordés dans son œuvre.

C’est toujours un réel plaisir de découvrir la grande qualité de la sélection, riche, plurielle, qui constitue je crois toute la valeur de ce prix.

Et c’est votre livre, cher Hugues Daussy, qui a été couronné pour cette 28ème édition : Le Parti huguenot. Chronique d’une désillusion, paru chez DROZ.

Ce remarquable travail retrace l’histoire d’une gestation et d’une grande espérance : celle des Huguenots (tels que Condé, Coligny et le futur Henri IV), engagés à bâtir une organisation politique et militaire, et à faire triompher le protestantisme dans tout le royaume de France. Une espérance éphémère qui se termina dans le sang, avec le massacre de la Saint-Barthélemy en 1572. 

L’année d’avant, 1571, la chrétienté coalisée écrasait les Turcs à Lépante, tandis que la France était leur alliée et massacrait ses protestants.

Cette désillusion rejoint, deux siècles plus tard, les espoirs fougueux et déçus de Chateaubriand dont le cœur, nous le savons, a balancé entre des épisodes monarchiques et républicains.

Car Chateaubriand appartient à cette génération qui a eu 20 ans lorsque la Révolution française a éclaté. Il a donc vécu sur le fil d’une période critique de notre histoire, le passage de l’Ancien Régime à la France moderne, transition à laquelle il n’a cessé de réfléchir tout au long de son œuvre.

Cher Hugues Daussy, permettez-moi de revenir sur le rôle que vous jouez en tant qu’historien, et qui est, j’en suis convaincu, tout aussi essentiel que salutaire. Surtout en ces temps difficiles.

C’est le propre des historiens de raconter les vies, les peuples, les événements, de revenir aux racines d’un conflit, d’une décision fatale ou courageuse, ou d’un débat d’idées majeur, afin de mieux comprendre le passé.

Ce travail que j’oserai qualifier « d’investigation », permet aussi d’éclairer notre présent d’une manière nouvelle, souvent plus juste, plus rationnelle, plus mesurée aussi.

L’Histoire avec un grand « H » nous apprend aussi que rien n’est jamais acquis, que rien n’est jamais linéaire.

Alors que notre pays est fortement atteint par les drames que nous venons de vivre, il s’agit d’exercer plus encore cette « raison » et de revenir aux fondamentaux de notre démocratie. 

Notre pays, par sa riche et longue histoire, a construit une République moderne. Nous la devons en grande partie à nos penseurs, nos écrivains, nos chercheurs (dont bon nombre d’entre eux ont été des « Immortels ») et qui ont posé, brique après brique, les fondements d’une pensée libre, éclairée.

Et s’il y a un cap à maintenir aujourd’hui dans le travail de terrain qui accompagne notre mission de service public, c’est bien cette volonté de liberté.

La culture doit y jouer un rôle central. C’est même un facteur essentiel de résistance et surtout, un rempart contre l’ignorance et l’obscurantisme.

La culture ne se réduit pas uniquement aux loisirs, à l’éphémère ou au divertissement, au sens où le philosophe Pascal employait ce terme. Je milite pour l’idée d’une « culture utile », qui peut être un fabuleux tremplin pour l’attractivité économique et l’emploi évidemment, mais aussi, j’en suis convaincu, pour l’éducation et l’intégration.

Car derrière l’ambition culturelle, il y a la volonté éducative et sociale : la possibilité offerte, dès le plus jeune âge, d’élever son niveau, de développer sa pensée, d’exercer son discernement, et d’apprendre à se nourrir de toutes ces richesses. La culture est un arbitre intérieur qui nous sert à ne pas abdiquer notre raison.

Il s’agit de créer, dans un espace mondialisé tel que le nôtre, les conditions de la réussite pour tous les jeunes, et pas seulement ceux qui en ont les moyens ! Je suis très attaché à ce que, quel que soit le foyer d’où l’on vient (un HLM ou un cocon bourgeois), on puisse disposer des mêmes chances de réussite.

Au lendemain de la marche historique du 11 janvier, Jean-Marie Le Clézio a publié une lettre ouverte à sa fille dans le supplément littéraire du Monde. Il écrit notamment cette phrase, très juste : « Il faut remédier à la misère des esprits pour guérir la maladie qui ronge les bases de notre société. » Cette piste doit nous encourager à préparer un avenir plus apaisé, et à porter plus loin nos ambitions.

Je vous remercie.

 

 

 

Ajouter un commentaire