Remise du Prix Chateaubriand 2015 à l'Institut de France, 11 février 2016

Discours de Patrick Devedjian, Président du Conseil départemental des Hauts-de-Seine

Monsieur le Chancelier, Cher Gabriel de Broglie, Monsieur le Président du jury du Prix Chateaubriand, Cher Marc Fumaroli, Mesdames et Messieurs les membres de l’Institut, Mesdames et Messieurs les membres du jury, Messieurs les membres du comité de lecture, Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux d’être parmi vous pour ce rendez-vous littéraire, auquel nous sommes très attachés. Depuis quelques années, nous avons la chance de remettre le Prix Chateaubriand ici à l’Institut de France, après sa proclamation à la Vallée-aux-Loups. Merci, Monsieur le Chancelier, de nous accueillir et de permettre au lauréat de s’exprimer dans les murs de l’Institut.

Le Département des Hauts-de-Seine a créé le Prix Chateaubriand il y a près de 30 ans, et je dois dire que chaque année, l’enthousiasme reste intact, par la grande qualité des ouvrages récompensés et par l’intérêt majeur qu’ils suscitent. (Consulter les derniers lauréats du Prix Chateaubriand)

Cher Edmond Dziembowski, c’est votre ouvrage qui a été couronné pour cette 29ème édition : La Guerre de Sept Ans – 1756-1763, paru aux éditions Perrin. Nous aurons le plaisir de vous entendre dans quelques instants.

Ce remarquable travail lève le voile sur une période méconnue : le conflit mondial qui opposa la France à l’Angleterre en Amérique du Nord, et qui s’étendra ensuite à l’Europe, au sous-continent indien ainsi qu’à l’Afrique et aux Antilles. Conflit que Churchill considérait comme la « Première Guerre mondiale de l’Histoire ».

Au terme de combats violents, les cartes de l’ordre mondial seront totalement rebattues pour les deux puissances ennemies que sont la France et l’Angleterre. La France en sortira réellement diminuée, avec une influence réduite à l’échelle du Vieux Continent. Tandis que l’Angleterre dominera les mers et deviendra une puissance coloniale de premier plan.

Je vous laisse d’ailleurs méditer sur cette phrase de Choiseul (qui succèdera au défaitiste Bernis aux Affaires étrangères en 1758), et qui mettra un point d’honneur à ne jamais montrer la détresse réelle de l’Etat français. Cette devise de Choiseul est, je le cite : « A force d’aller mal, tout ira bien »… Ce qui est sûr, c’est qu’on est bien loin des clichés de la « guerre en dentelles » que l’on prête au règne de Louis XV.

Période méconnue je le disais à l’instant, sans doute parce que notre suffisance à nous les Français, nous a le plus souvent conduits à ressasser nos victoires, plutôt qu’à faire l’inventaire de nos défaites… C’est bien dommage et c’est encore le cas aujourd’hui !

Et même si plusieurs siècles nous séparent de cette guerre, on voit à travers cet ouvrage que ce sont les mêmes ingrédients qui façonnent le monde. Quelle que soit l’époque dans laquelle on se place, ces mécanismes restent inchangés : dans l’arène politique, diplomatique, militaire, il y aura toujours des jeux économiques et des jeux de pouvoir, des intrigues, de la duplicité, des phénomènes de cour, des alliances de circonstance qui se créent ou qui se renversent.

Le Prix Chateaubriand nous invite chaque année à prendre le temps de l’analyse et du recul.

Un temps rare et donc précieux, parce que nous vivons dans une société de l’instantané. Une société de l’emballement médiatique, où une information chasse l’autre, sans jamais être traitée avec sérieux. Si nous sommes un peu contraints de subir, malgré nous, ce temps médiatique, fort heureusement il ne nous est pas interdit de trouver quelques refuges pour contrer l’éphémère : l’Histoire est l’un de ces refuges. La culture aussi.

Dans le Département des Hauts-de-Seine, nous misons sur la culture.

D’abord nous avons la chance de disposer d’un patrimoine d’exception : la Maison de Chateaubriand bien sûr et la Vallée-aux-Loups, le Domaine de Sceaux (parmi les 10 sites les plus visités de France), le Musée Albert-Kahn et bientôt la future Cité musicale départementale de l’Île Seguin. Nous sommes fiers de ce patrimoine départemental, et nous faisons en sorte de l’ouvrir au public le plus large possible. Cet objectif de la « culture pour tous » est au coeur du grand projet « Vallée de la Culture », que nous avons lancé depuis 2008 dans les Hauts-de-Seine.

Souvent la culture est perçue par le grand public comme un luxe ou comme une sphère facultative. Je pense au contraire que c’est un bien incontournable, une nécessité, un réel atout dans l’action sociale, surtout dans la situation nationale dramatique que nous connaissons. La culture, c’est utile : c’est utile pour l’éducation, pour l’intégration, mais aussi pour l’emploi et pour le développement économique des territoires. 

Cette idée de la « culture pour tous » signifie que l’on peut, que l’on doit aller chercher les publics les plus éloignés de la culture. Cela n’est pas incompatible avec le fait de maintenir une culture très exigeante (comme ce prix en est la preuve). Une culture qui peut s’appuyer sur le monde de la recherche, sur les universités, et qui peut en même temps être portée à la connaissance du plus grand nombre.

Nous sommes fiers de cette ambition culturelle forte que nous avons engagée dans les Hautsde-Seine. Sans aller jusqu’à Paris, les habitants peuvent avoir accès, près de chez eux, à des collections remarquables, à des événements majeurs, à des équipements culturels de qualité.

En 2015, nous avons voulu rapprocher davantage le public des oeuvres, avec notre 1ère campagne de mécénat collectif, pour l’acquisition du modello du portrait de Chateaubriand, par le peintre Girodet, chef d’oeuvre qui a rejoint les collections du Musée départemental de la Vallée-aux-Loups. Ce mécénat était ouvert à tous les particuliers, sans montant minimum. Dès lors qu’un projet, qu’une oeuvre nous touchent, dès lors qu’on défend un patrimoine, une histoire locale, je pense que chacun est prêt à financer, avec ses moyens, la culture. Désormais, grâce à ce portrait, qui a fait passer à la postérité le visage de l’écrivain, tous les visiteurs de la Maison de Chateaubriand font un pas de plus dans l’intimité de l’artiste. Ils s’approprient davantage ce patrimoine départemental qui est le leur.

Je vous remercie.

Ajouter un commentaire