"Sarkozy à l'UMP ?" "C'est dangereux" selon Devedjian, Le Nouvel Observateur, 12 juin 2014

Lire l'interview de Carole Barjon dans Le Nouvel Observateur

 

Pour Patrick Devedjian, l'affaire Bygmalion est "un désastre" que le prochain président du parti va devoir assumer. Y compris devant les juges...

Propos recueillis par Carole Barjon

Le Nouvel Observateur – Nicolas Sarkozy réfléchit à la possibilité de concourir pour la présidence de l’UMP. Est-ce une bonne idée ?

Patrick Devedjian – C’est un poste très exposé, depuis l’ouverture d’une enquête préliminaire sur ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Bygmalion. Le nouveau président de l’UMP devra donc répondre, devant la justice et devant l’opinion, de toutes les accusations à venir. C’est à lui qu’on va demander des explications, des documents. Il aura le devoir de défendre sa maison et sera le porte-parole de la vie de l’UMP, pour l’avenir comme pour le passé.

N.O. – Donc, ce n’est pas une bonne idée…

P. Devedjian – C’est dangereux.

N.O. – S’il veut se présenter à l’élection présidentielle en 2017, Nicolas Sarkozy ne doit-il pas saisir l’occasion qui s’offre à lui de griller ses concurrents ?

P. Devedjian – Ce n’est pas maintenant que ça se joue. Nous ne connaissons pas encore l’étendue des irrégularités, le nombre de personnes impliquées… 

N.O. – Nicolas Sarkozy pouvait-il ignorer ce système de fausses facturations qui aurait servi, selon Jérôme Lavrilleux, à payer le dépassement de ses frais de campagne ?

P. Devedjian – Lorsque j’ai dirigé l’UMP, les affaires de financement ne l’intéressaient pas du tout. Il est fort possible qu’il n’ait pas été au courant.

N.O. – Certains comme Alain Juppé ou François Fillon estiment qu’il faudrait aussi remplacer le directeur général du parti…

P. Devedjian – Il ne faudrait pas donner l’impression de faire payer un lampiste. N’était-il qu’un exécutant du président de l’UMP ou avait-il une liberté de manœuvre ? Attention au phénomène du bouc-émissaire.   

N.O. – La direction intérimaire peut-elle décider d’une nouvelle orientation politique ? Après le résultat des européennes et la démission de Jean-François Copé, Alain Juppé a déclaré qu’il fallait que l’UMP devrait élaborer une plate-forme commune avec les centristes…

P. Devedjian – J’ai peur que le déballage judiciaire n’occulte le nécessaire débat de fond. Quant à l’orientation du parti, je rapelle que des centristes sont à l’UMP depuis sa création en 2002. Pour beaucoup d'entre eux aussi, François Bayrou demeure quelqu’un qui a fait élire François Hollande.

N.O. –Considérez-vous que l’UMP, toujours imprégnée de la culture du chef, devrait interdire à son président de se présenter à l’élection présidentielle comme l’a proposé Juppé ?

P. Devedjian – Le Général de Gaulle n’a jamais mis les pieds à l’UNR ! C’est la raison pour laquelle il y avait un secrétaire général et pas de président...

N.O. – Comment répondre à la crise du leadership que traverse la droite et à l’impatience que semblent manifester les adhérents de votre parti ?

P. Devedjian – D’abord par le calme. François Hollande n’est à l’Elysée que depuis deux ans. Il est surtout temps d’élaborer un projet alternatif sérieux même si nous n’avons pas fait l’inventaire du quinquennat sarkozyste, ce qui nous aurait aidés.

N.O. – Hollande est très impopulaire et certains au PS évoquent déjà l’hypothèse qu’il ne soit pas en mesure de se représenter…

P. Devedjian – Les institutions de la Vème République sont solides. En outre, la situation est beaucoup plus compliquée que ne voudraient le faire croire certains esprits simples. La page est loin d'être tournée. Ce qui s’est passé chez nous est un véritable tremblement de terre. Onze millions de fausses factures, ça n’est pas une anecdote. Cette affaire ne fait que commencer. Il y aura des mises en examen. Il est donc impossible de créer une nouvelle dynamique tant qu’on n’aura pas pris la mesure de l’intégralité du désastre.

N.O. – L’UMP est-elle morte ?

P. Devedjian – Non. Elle continue du reste à gagner localement comme lors de la législative partielle de Toulouse il ya deux semaines. Nous sommes face à deux phénomènes parallèles de décomposition, à droite et à gauche. Parce qu’elle est dans l’opposition, la droite est plus mobile que le pouvoir. Elle devrait donc se reconstruire plus vite.

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