Soir du 1er tour des Législatives au Conseil départemental, 11 juin 2017

 (Discours de Patrick Devedjian : Verbatim)

Sauf pour les aveugles, les résultats sont extrêmement clairs : c’est une déculottée pour la droite et pour la gauche.

Je salue et je félicite le Président de la République pour son succès dans une démarche qui, depuis l’origine, a fonctionné avec beaucoup d’intelligence, et pour son score dans chacune de nos circonscriptions où il était candidat !

Nos concitoyens sont d’une grande intelligence car l’abstention historique que nous avons connue à l’occasion de ce 1er tour, témoigne qu’ils ont parfaitement compris le fonctionnement de nos institutions. La gauche et la droite se sont mis d’accord en 2002 pour coupler les élections présidentielles et législatives afin que ces dernières aient lieu pendant l’état de grâce, et donc que le résultat ne fasse aucune illusion. Ils ont parfaitement compris qu’il n’y avait plus d’élections législatives, que ce n’était qu’un succédané, donc ils se sont abstenus. Ils ont raison, car cela ne sert à rien.

M. Macron n’est pas seul responsable, la gauche et la droite ont voulu depuis très longtemps, faire tout ce qu’il fallait pour que l’essentiel des pouvoirs convergent vers le président de la République. L’élection présidentielle est l’élection directrice de la vie politique de notre pays. Elle a eu lieu et le reste n’est qu’une conséquence extrêmement accessoire et purement formelle.  Les Français l’ont acté et ils l’ont démontré avec beaucoup d’intelligence.

Reconnaissons que la mauvaise gestion, l’absence de sens politique, l’incompréhension des problèmes du monde, de la France, de ce dont elle a besoin, de ce qu’elle attend par notre droite et notre gauche, ont appelé évidemment à ce désaveu. 

Je fais partie de ceux qui ont longtemps cru à la proximité, aux liens indispensables entre les élus et le corps électoral. Cette élection vient de démontrer le contraire, le contraire de ce à quoi j’ai toujours cru. Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître, puisque la plupart des électeurs votaient pour le candidat de M. Macron sans même connaître son nom. Les permanences que nous avons laborieusement tenues, que je ne regrette pas parce qu’elles sont enrichissantes au plan humain et qu’elles nous ont appris beaucoup de choses, c’est zéro sur le plan électoral !

Les Français ont compris que le nom et la personnalité du candidat aux élections législatives, n’ont aucune importance. On les recrute sur Internet. Si vous voulez faire carrière en politique, il va vous falloir vous servir un peu mieux d’internet !

Je n’ai pas de préjugé, je vais juger le président de la République et le gouvernement sur sa première épreuve difficile, qu’il a eu le courage de mettre en priorité dans son action politique : c’est à-dire la loi sur le travail qui est majeure pour la croissance de notre pays, pour la fluidité de notre économie, et je vais voir si, effectivement, le président de la République, par sa méthode, qui parfois me surprend un peu,  réussit à faire ce que objectivement, ni la droite, ni la gauche n’ont réussi à faire jusque-là.

Si les Français ont voté pour quelque chose qui était nouveau, fait d’imprécis, d’inconnu, et de flou, c’est aussi parce que nous, à gauche et à droite, n’avons jamais apporté les réponses précises, ni les actes qui correspondaient aux aspirations et aux discours que nous tenions les uns et les autres. Cette défaite, quelque part, est méritée, et elle est aussi une chance pour nous : l’occasion de nous refonder, de faire ce que l’on ne fait jamais à droite, pas beaucoup plus à gauche d’ailleurs, c’est-à-dire le bilan de nos échecs.

[et, revenant sur cette réforme de 2002] J’ai été chiraquien, mais avoir couplé ces deux élections en 2002 par un accord entre Lionel Jospin et Jacques Chirac, avec la bénédiction et les encouragements de VGE, c’est une grosse connerie. Et nous la payons aujourd’hui.

Emmanuel Macron s’est engouffré dans la brèche. Nous verrons ce que M. Macron fera pour la France, car il est confronté à des défis importants.

Après tout ce n’est pas important que ces nouveaux députés ne sachent rien sur rien, puisqu’ils vont donner un blanc-seing, une habilitation pour qu’on gouverne par ordonnance. Et c’est l’administration qui comme d’habitude fera la loi. J’attends de voir si le président de la République va résister à cette administration dont il est un représentant éminent et dont il est issu. S’il est l’homme qui fait les réformes que les autres n’ont pas su faire, tant mieux pour la France. Et pour ma part, je dirais ma satisfaction.    

Commentaires

Bonjour,
D'accord avec votre analyse, on a une présidentialisation des élections, les législatives ne servant que de succédané à une élection déjà jouée pour 5 ans. Le candidat Macron a su très bien jouer sur une gauche affaiblie par un bilan FH catastrophique, sans participer à la primaire à gauche, un centre avec lequel il s'est allié et une droite sortant divisée d'une primaire. On ajoute la faiblesse acquise de FF en pleine affaire Pénélope et la droite qui a perdu une élection qui lui semblait acquise jusqu'à l'été 2016.

Ce qui m'interpelle à ce jour, c'est que je ne vois aucun leader à droite se profiler, se préparer pour reprendre le débat. Aucun leader dit charismatique je veux dire. Plein de lieutenants qui cherchent à exister au sein de LR avec deux tendances qui semblent inconciliables, à ce jour...

Alors, quelle stratégie pour les cinq ans à venir ? Car il faut préparer 2022... Là est la question.

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