Sortie de crise : les dangers de l’instabilité monétaire

La France a été l’un des premiers pays à sortir de récession, dès le deuxième trimestre 2009. Grâce au plan de relance, nous avons même eu l’une des plus faibles baisse de PIB d’Europe, avec -2,5%, quand la zone euro était à -4,1%, l’Allemagne à -4,7% ou encore le Royaume-Uni à -4,9%.

La reprise est là. Fragile, certes, mais là néanmoins. Le chômage a commencé à baisser (-0,2 points à 9,3% en France métropolitaine au deuxième semestre 2010) et l’investissement des entreprises repart à la hausse, même s’il n’a pas retrouvé son niveau d’avant crise.

Pourtant, la prudence reste de mise. Plus que les vraies mauvaises nouvelles (notamment la croissance américaine au deuxième trimestre 2010, initialement attendue à 2,4% et finalement annoncée à 1,7%), c’est l’absence de stabilité qui inquiète.

Ainsi, le taux de change entre l’euro et le dollar est successivement passé de 1,6 en juillet 2008 à 1,25 en novembre de la même année, puis à nouveau à 1,5 en octobre 2009, avant une nouvelle baisse à 1,23 en mai dernier suivie d’un rebond jusqu’à 1,37 début octobre 2010, conforté par la confiance des marchés dans la zone euro malgré la fragilité de l’Irlande (déficit public de 32% du PIB prévu en 2010 !).

La remontée de l’euro à l’automne 2010 anticipe de nouvelles mesures actives de la part de la réserve fédérale américaine, mais aussi du Japon et du Brésil, pour soutenir la croissance, avec pour effet de faire baisser les monnaies correspondantes : les économistes critiquaient la sous-évaluation du yuan, mais maintenant c’est celle du dollar, du yen ou encore du Real brésilien dont il s’agit.

Avec la hausse de l’euro, les exportateurs français sont pénalisés tandis qu’a contrario notre facture pétrolière s’allège. Ce qui est plus grave à mon sens, c’est l’instabilité et l’impression d’un phénomène de « yoyo », qui fragilisent la confiance et nuisent à l’investissement.

Dans ce contexte international incertain, la France tient ses engagements et poursuit son programme de réformes de fond. La plus importante, la loi sur les retraites, ne doit pas faire oublier la réduction des déficits engagée dès 2007 avec la révision générale des politiques publiques, ou le maintien de l'effort d’investissement porteur de compétitivité et de croissance à long terme, dans la logique du plan de relance et maintenant du grand emprunt.

Mais si les autres pays entrent dans une course à la dévaluation compétitive, la France va agir en Europe pour que le Conseil prenne des initiatives en matière de politiques de change. C’est  prévu par les traités, mais le Conseil ne l’a pas fait jusqu’à présent. La même volonté doit se retrouver dans notre présidence du G8 et du G20 en 2011.

L’Europe croit à la stabilité des changes, pas à l’envolée de l’euro. Elle doit prendre les moyens de défendre sa compétitivité. Ce doit être le sens de l'action de la France.

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